Le calcul du terme de grossesse

Le calcul du terme par Claude-Emile Tourné

Alors qu’on discutait de calcul de terme, Claude-Émile Tourné* m’avait écrit en 2010 pour me partager – et publier sur mon site – cet extrait de son livre Obstétrique psychosomatique et fonctionnelle paru chez Sauramps en 2002 :

« Il se veut une base d’appui scientifiquement argumentée pour tout ce qui, entre autres dénominations, peut s’appeler « accouchement respecté ». Compte tenu du fait que la littérature médicale officielle a fait une impasse totale, je me permets de le rappeler à l’occasion à ceux pour qui ce travail a été réalisé. »

Le terme :

C’est une date qui exprime la durée de la grossesse et le moment attendu de la venue au monde de l’enfant. Cette date a des implications administratives :

  • elle détermine les dates des examens obligatoires de grossesse, celle des congés de maternité et des différentes périodes de référence pour la grossesse ;
  • elle permet de dater la grossesse et les différents évènements qui s’y déroulent ; elle permet de rapporter à un âge gestationnel déterminé les mesures effectuées par exemple en matière de biométrie fœtale ; elle détermine les délais d’interruption volontaire de grossesse ;
  • elle conditionnera le moment des interventions médicales d’investigations, de dépistage, de traitement, éventuellement les surveillances et déclenchements en cas de « terme dépassé ».

Le terme théorique exprime en fait la durée prévisible de la grossesse. Aristote considérait que la durée de la grossesse était extensible. Pythagore distinguait la petite portée de 210 jours et la grande de 274. Hippocrate proposait de multiplier la date de la perception du premier mouvement par 3. Mauriceau tient pour les 9 mois solaires tandis que la plupart des auteurs anciens comptent en mois lunaires (X lunaisons).

Pour des raisons de reconnaissance de filiation, le code Napoléon fixe pour nous la fourchette de 180 jours pour le minimum et 300 jours pour le maximum. L’Islam considère que l’enfant endormi peut se réveiller à tout moment même longtemps après la mort de son père. Pour les médecins, le terme est le plus souvent un chiffre, résultat d’un calcul statistique de moyenne : 280 jours, soit 40 semaines à partir du premier jour des dernières règles.

Ce peut être une appréciation résultant de l’observation dans les diverses cultures :

  • référence à la lune : la durée de grossesse est de X lunes, le nombre de lunes étant noté en chiffre romain. Encore ce chiffre est-il sujet à caution car il peut s’agir de la révolution sidérale lunaire soit : 27j 5h = 272 jours (39 semaines du calendrier), soit de la révolution « visible » : 29j 12h = 295 jours (42 semaines)
  • référence au calendrier grégorien : 9 mois dans notre culture.

Les comportements intellectuels inhérents aux groupes socio-culturels ont aussi, même aujourd’hui, leur part dans le mode de calcul : dans les pays développés, le terme théorique se calcule de deux façons :

Le monde germano-anglo-saxon, au pragmatisme mathématique, utilise la méthode de Naegelé : sur la base des calculs de l’obstétricien allemand, on considère que la grossesse dure en moyenne 40 semaines à partir du 1er jour des dernières règles. Cela revient à 9 mois (39 semaines) + 1 semaine. Le calcul du terme théorique se fait pratiquement suivant la règle : Terme Théorique Calculé = 1er jour des DR + 7 jours + 9 mois (ou – 3 mois ce qui revient au même sur une année de 12).

Le français fait un calcul empirico-cartésien recorrigé par l’empirisme :

  • empirique car il prend comme base les 9 mois admis par la socioculture pour une durée de grossesse sans qu’il soit nécessité d’une autre justification.
  • cartésien car il commence le décompte de la grossesse au moment raisonnable de la date probable d’ovulation soit la 14éme jour du cycle.

Le calcul se fait donc : TTC = 1er jour des DR + 14 jours + 9 mois. Ce qui fait 41 semaines. Le retour à l’empirique se fait avec la constatation que cela ne va pas parfaitement bien et R. Merger nous dit de calculer avec + 10 jours sans autre justification.(14)

La date présumée du début de grossesse :

De toutes façons, en France ce qui est demandé par les autorités administratives au médecin qui déclare la grossesse, c’est la date présumée du début de cette grossesse. Or c’est la seule chose impossible à connaître précisément : en effet, même après fécondation in vitro, les mesures échographiques précoces peuvent montrer des variations allant jusqu’à une semaine de différence avec la date de réimplantation. Elle est cependant habituellement notée au 14ème jour après la date des DR.

On voit en tous cas à ces quelques considérations sur le mode d’appréciation de la durée de la grossesse et de son terme à quel point les dates retenues ont peu de rapport avec une réalité de fait inconnaissable avec cette précision. On en déduira aisément combien sont sujets à caution tous les comportements interventionnistes pour lesquels ce critère est le critère essentiel.

Le terme théorique corrigé :

Les corrections de terme à l’aide de l’échotomographie et des biométries fœtales qu’elle autorise doivent impérativement être utilisées lorsque le terme calculé sert à des fins de diagnostic. La maturité fœtale est considérée comme acquise à 37 semaines d’aménorrhée théorique, calculée en cas de cycles rigoureusement réguliers, réévaluée au moindre doute par la biométrie fœtale.

« En fait, le terme de la grossesse est littéralement le moment où elle se termine »

Il résulte de l’adéquation espérée entre :

  • la capacité du placenta à nourrir le fœtus.
  • la maturité fœtale qui permettra au nouveau-né d’assurer sa survie ex-utero dans des conditions optimales.

Cela oblige à réévaluer les menaces d‘accouchement prématuré lorsqu’elles sont en fait des phénomènes de sauvetage d’un fœtus de plus en plus mal nourri par un placenta précocement sénescent. Cela permet de surveiller sans angoisse excessive les termes dépassés qui ne sont que des grossesses normales un peu plus longues que les autres. En effet, on s’achemine vers l’idée que pour une grossesse donnée, il existerait une programmation du terme dont le placenta détiendrait la clé.

Le terme VRAI :

C’est le moment où, en plus de ces deux conditions fœtale et placentaire, l’organisme maternel est mûr pour l’accouchement :

  • segment inférieur bien formé,
  • structure du col bien mature,
  • imbibition gravidique bien installée.

D’une façon générale l’accomplissement de ces processus est concomitant.

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* Claude-Émile Tourné est décédé le 31 mai 2017 à l’âge de 71 ans. Gynécologue-obstétricien réputé à Perpignan, en Pays Catalan et au-delà, il a publié des ouvrages clé dont Le naissant, Et s’il fallait du temps pour naître, Féminité féminisme féminitude ça alors. Il était un fervent défenseur de l’accouchement naturel.

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