Témoignages

Fendre la vague malgré la tempête

Peu de temps après un live sur la page Facebook, j’ai reçu un message privé disant : « Accouchement sans péri : done ». Je réponds donc : « Magnifique ! Toi qui écrivais en commentaire que tu craignais de ne pas lâcher prise … Alors ? » J’apprends que ces futurs parents ont regardé mon dernier live « en amoureux » et cette réponse me scotche soudain : « J’ai fait comme tu as dit : j’ai tout lâché, j’ai fendu la vague ! »

Je n’avais pas l’impression d’avoir dit des choses extraordinaires mais en effet, dans la fougue de mon propos, j’avais souligné combien il est important de ne pas avoir peur d’être dans son bateau, ajuster sa voile, tenir la barre fermement et fendre la vague malgré la tempête. Alors cette personne m’a offert son témoignage. Interview en cinq questions, c’est parti !

I am the captain of my ship and the master of my fate (Ivan Joseph) / Je suis le capitaine de mon navire et le maître de mon destin (Ivan Joseph)

Je m’appelle Tiphaine, je suis de Rennes, j’ai 38 ans et déjà un fils de 19 ans. J’ai accouché le 11 mai 2017 d’un joli garçon de 3,5kg à l’hôpital Sud, maternité de niveau 3 réputée pour son respect de la physiologie lors des accouchements. Elle est notamment dotée d’une salle nature, et de l’accompagnement qui va avec, pour les mamans qui veulent tenter l’aventure sans péri, ce qui a été mon cas.

Sophie : Comment as-tu découvert ma page Facebook ? 

Avant de découvrir la page Facebook de la Lettre périnatalité, j’avais trouvé le blog, en faisant des recherches sur les accouchements à domicile, car c’était au départ sur ce projet que j’étais partie. Finalement, cela s’est transformé en un accouchement naturel en milieu hospitalier, car il n’y avait pas de sage-femme pour l’accouchement à domicile chez moi, et je ne le regrette pas du tout.

Sophie : Quelle était ton idée de l’accouchement ? 

Mon idée de l’accouchement, bien qu’en ayant déjà vécu un, était pleine de fantasmes. Mon premier accouchement, en 98 s’est déroulé classiquement, avec grosse péri (pas de pompe à cette époque, c’était la grosse dose direct, qui nous anesthésiait six heures), et assorti d’un mauvais accompagnement, de quelques humiliations aussi, je pense que le personnel s’est permis cela parce qu’à l’époque j’avais 19 ans.

Pour cette deuxième grossesse donc, j’ai chassé tout bonnement l’idée de la péridurale de mon esprit, elle n’existait simplement pas. J’avais pourtant bien peur d’avoir trop mal, de ne pas réussir, de me déchirer (ce qui n’est jamais arrivé ni la première ni la deuxième fois), de crier. Bref j’étais pleine de peurs assez floues, je ne dirais pas irraisonnées, car je redoutais des choses qui arrivent parfois.

Sophie : Est-ce que cette expérience d’accoucher sans péridurale t’a plu et qu’as-tu découvert ? As-tu bénéficié d’un accompagnement particulier ?

L’accouchement en lui-même a été parfait. J’avais avec moi une auxiliaire, une sage-femme et une sage-femme stagiaire. Le plus dur à mon avis à supporter ça a été les moments monitorés, car on ne peut pas trop bouger sans qu’un capteur ne capte plus et du coup on ne peut pas se mettre dans une position qui nous convient. Je tenais le capteur ‘bébé’ d’une main pendant les contractions. J’ai appliqué les respirations profondes abdominales apprises au yoga prénatal (inspir par le nez expir long par la bouche, et cela a très bien fonctionné, il ne faut pas paniquer et tout roule). Les phases les plus agréables ont été celles dans la baignoire. L’eau chaude a des vertus réellement insoupçonnées. J’ai été très agréablement surprise de constater que non seulement mes contractions étaient moins fortes mais aussi moins nombreuses. Si vous pouvez bénéficier de la baignoire usez et abusez-en !

La phase ‘dure’ de l’affaire a débuté justement dans la baignoire où je m’étais assoupie (pour dire que c’était vraiment très cool), quand la poche des eaux s’est rompue. Là je me suis dit que l’épreuve allait commencer. En quelques minutes les contractions sont devenues super fortes. Je suis passée en une trentaine de minutes d’un petit cinq centimètres à dilatation complète, et l’équipe s’est vêtue de masques, tabliers, a ouvert les champs stériles, mon conjoint s’est installé à côté de moi sur le lit : le show allait commencer !

Très vite j’ai eu assez mal voire très mal. C’est une douleur étrange, aigüe et sourde en même temps. La pression au niveau du périnée et du rectum est impressionnante. Je crois que c’est ce qui m’a le plus déstabilisée. Je n’avais pas pensé que cette partie de mon anatomie allait être aussi sollicitée si vite, alors que le bébé commençait tout juste à descendre. J’étais sur le lit, à quatre pattes, les genoux très écartés, avec les filles derrière moi.

J’avais peur de crier, mais j’ai dû m’y résoudre, cela est devenu LE moyen de gérer.

On parle beaucoup dans les témoignages d’accouchement de la fameuse bulle dans laquelle on s’enferme quand le travail s’accélère et qu’approche la phase d’expulsion. Je n’ai pas eu cet effet bulle non-stop. Il a fallu que je maîtrise la contraction à chaque fois qu’elle s’annonçait. J’étais déstabilisée depuis la rupture de la poche et je n’étais plus dans le rythme inspir expir qui jusque-là m’avait soutenue. J’avais peur de crier, mais j’ai dû m’y résoudre, cela est devenu LE moyen de gérer. Je prenais le début de chaque contraction – aigüe juste au-dessus du pubis – de plein fouet. Je criais aigu et cela ne faisait que renforcer la douleur.

Assez naturellement, j’ai pris de grandes inspirations, rentré le menton contre la poitrine et crié très profondément, très longuement des oooooh, en me redressant sur les bras, déroulant le dos et le creusant pour mobiliser le bassin, comme un mouvement de vague. J’ai fait ça 40 minutes. La bulle se formait pendant les phases de hurlement sourd et j’en ressortais à chaque fin de contraction, demandant à mon mari eau, brumi, homéo ! Un vrai marathon !

Je parlais aussi avec les filles. L’une d’elle me faisait un massage à l’endroit que je lui avais indiqué et en était très contente. À la contraction suivante, je prévenais tout le monde : « Attention c’est reparti ! » Les filles alors m’encourageaient beaucoup : « Allez y c’est bien, c’est fort ce que vous faites, c’est génial, vous vous en sortez très bien ! » Puis tout le monde se taisait car je couvrais leurs voix… Si je perdais pied, je disais que je voulais la péri, que je n’y arriverai pas. La sage-femme me disait : « Moi, je pense que vous pouvez y arriver sans problème ». J’ai pensé : « Elle a raison, comment me poser une péri avec de telles contractions, je serai incapable d’arrondir le dos… » J’ai pensé aussi qu’elle voyait ce qui se passait, et pas moi, du coup je me suis dit allons-y gaiement sans ! Il va falloir tenir !

Je redoutais le moment de l’expulsion, j’ai mis trois contractions à me décider. La sage-femme, sans me presser, me disait que là, il allait falloir y aller ! J’ai poussé doucement, sans crier cette fois, car je voulais vraiment maîtriser le truc (la hantise de la déchirure !), en expirant longtemps. Ca a bien marché, bébé est sorti impeccable. Ca brûle un peu mais rien d’insoutenable par rapport à la pression sur le rectum.

Je ne me suis pas déchirée, j’ai déployé toute la puissance animale de mes cris rauques pour faire naître mon bébé, ce qui m’a valu l’admiration de mon mari, et les félicitations et remerciements de l’équipe qui, je crois, n’a pas beaucoup d’occasions de faire ce genre d’accouchement. Vingt minutes après, j’étais debout, je refaisais les sacs pour monter en chambre (on s’était un peu étalés). C’est là un des nombreux bénéfices du sans péri : on se remet très vite.

Cet « autre chose », qu’il faut accompagner, comme si ça nous prenait par la main … Si on refuse, on a mal !

J’ai donc découvert que j’avais un corps résistant, puissant, et que le mental laisse la place, même pour quelques minutes (90 secondes maxi en vrai, le temps des ‘grosses contractions’ de la fin) à autre chose, qu’il faut accompagner, comme si ça nous prenait par la main. Si on refuse, on a mal et on croit qu’on ne va pas y arriver (à ces moments, on veut la péri, on veut sa mère, on va mourir, bref, on se plaint beaucoup !). Je suis vraiment enchantée de ce moment, et je peux témoigner que quand le bébé est né, on n’a plus mal nulle part (enfin, à part quelques courbatures dans les épaules et les bras pour moi).

(Quelques jours après la naissance, je me prends à penser que cet accouchement sans péri créé des liens encore plus forts avec le bébé. On se sent vraiment très connecté à ce petit être, j’ai l’impression bien plus qu’avec une accouchement classique… A vérifier !)

Sophie : Comment ton conjoint a vécu cet événement et qu’aimerait-il dire à de futurs pères ?

Quel moment magique et puissant ! J’ai essayé de me mettre autant que possible à la disposition de ma femme en tant que ravitailleur en eau et en brumisateur ainsi qu’en fournisseur d’homéopathie dès que nécessaire. J’ai tenté d’encourager et de soutenir mon épouse tout en étant en adéquation avec les conseils de l’équipe de la maternité, laquelle a largement contribué au bon déroulement de la naissance en respectant le projet de naissance. Ma louve d’épouse a courageusement accouché de notre petit louveteau ! Une expérience magnifique et exceptionnelle !

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