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Comment naissaient les bébés autrefois ?

L’histoire de la naissance

Je trouve vraiment très intéressant de comprendre comment se vivait la naissance autrefois et comment le cadre de pensée d’une époque rejaillit finalement aujourd’hui sur nous. Nos peurs viennent de loin, il n’y a pas à dire. Comme si l’histoire nous collait à la peau malgré le changement d’époque et de moyens. Je crois que si on se posait un peu pour prendre le temps d’avoir du recul, on éviterait de tomber dans une surenchère de craintes et d’angoisses, amplifiées par la technique et la technologie sensées nous en libérer.

Mais on ne se débarrasse pas si facilement de la peur de la mort, angoisse sociétale plus que jamais présente, au fond. Toutefois, il n’en reste pas moins qu’il est important de comprendre qu’il n’y a pas eu un « avant » qui était mieux que l’hypermédicalisation. Il y a juste un fil historique qui s’inscrit dans un enchainement de logiques. Et il nous reste encore tellement à faire pour oeuvrer à la naissance respectée : on vient juste de prendre conscience de ce qu’est la physiologie ces dernières années …

Comment naissaient les bébés autrefois

Heureuse de commencer à lire « Comment naissaient les bébés autrefois » de Gérard Coulon, édité en 2008 aux Éditions de La Martinière, je me disais que j’avais trouvé une petite perle à la médiathèque locale. Je me replonge donc avec délice dans l’histoire de la naissance mais, je déchante très vite à la page 12 quand je lis :

« En 1795 à Paris, est créée la maternité de Port-Royal qui, pour la première fois, comporte aussi un service d’accueil des mères et des enfants et une école de sages-femmes. Bien que les soins et le séjour soient gratuits, seuls se résignent à y venir les femmes pauvres ou seules qui n’ont pas de domicile pour accoucher. L’Hygiène est déplorable, les épidémies fréquentes et la mort rôde. En mai 1856, par exemple, sur les 32 accouchées, 31 perdent la vie…

La situation change radicalement à partir des années 1870. Pasteur montre que certaines maladies sont dues à des microbes, bactéries, et virus qui se propagent facilement. La fièvre des accouchées, très contagieuse, se transmet par le personnel médical, les instruments et les pansements. Aussi, une bonne hygiène, une propreté absolue et l’isolement des malades font vite chuter la mortalité dans les maternités et les hôpitaux. »

Rétablir une vérité historique

Je déchante parce que ce n’est pas Pasteur qui est à l’origine de la baisse significative de la fièvre puerpérale, mais Ignace Semmelweis ! Cela bien avant que Pasteur ne trouve l’information prouvant ce que Semmelweis avait trouvé par déduction scientifique, en étudiant de façon détaillée les statistiques de mortalité de deux deux services d’un même hôpital : le premier (où il y a 18% de mortalité à cause de la fièvre puerpérale) qui servait à l’instruction des étudiants en médecine, tandis que le second servait à la formation des sages-femmes (3% de mortalité pour la même cause).

« Ignace Philippe Semmelweis (01 juillet 1818 – 13 août 1865) est un médecin obstétricien hongrois qui œuvra pour l’hygiène. Il démontra l’utilité du lavage des mains après la dissection d’un cadavre, avant d’effectuer un accouchement. Il démontra également que le lavage des mains diminuait le nombre des décès causés par la fièvre puerpérale des femmes après l’accouchement. Jusqu’alors les médecins accoucheurs essayaient en vain de comprendre d’où venaient les fièvres puerpérales en faisant de nombreuses autopsies. Ce fut un coup terrible pour ceux qui furent finalement convaincus par les idées de Semmelweis : il s’avérait qu’eux-mêmes transmettaient involontairement la maladie. (…)

C’est en 1847, que la mort de son ami Jakob Kolletschka, professeur d’anatomie, lui ouvre enfin les yeux : Kolletschka meurt d’une infection après s’être blessé accidentellement au doigt avec un scalpel, au cours de la dissection d’un cadavre. Sa propre autopsie révèle une pathologie identique à celle des femmes mortes de la fièvre puerpérale. Semmelweis voit immédiatement le rapport entre la contamination par les cadavres et la fièvre puerpérale.

En 1861, Semmelweis publie enfin sa découverte (14 ans après l’avoir faite) dans un livre, « Die Ätiologie, der Begriff und die Prophylaxis des Kindbettfiebers », volume de près de 500 pages, mêlant données épidémiologiques et considérations caustiques sur son milieu professionnel. Un certain nombre de critiques défavorables, parues à l’étranger au sujet de son livre, l’amènent à invectiver ses adversaires, lors de congrès de gynécologues et d’obstétriciens et dans une série de lettres ouvertes, écrites dans les années 1861-1862, qui ne favorisent guère l’acceptation de ses idées. À une conférence de médecins et de biologistes allemands, la plupart des orateurs rejettent sa doctrine et, parmi eux, Rudolf Virchow. (…)

Si le refus de la communauté médicale de reconnaître cette découverte a condamné à une mort tragique et inutile des milliers de jeunes mères, les idées de Semmelweis ont fini par triompher. On cite souvent son cas en exemple d’une situation où le progrès scientifique a été freiné par l’inertie des professionnels bien en place. » (source : Wikipedia)

C’est donc seulement après la mort de Semmelweis qu’est élaborée la théorie des maladies microbiennes, et l’on voit maintenant en lui un pionnier des mesures d’antisepsie et de prévention des infections nosocomiales.

La place du père 

p.17 « Quand vient l’enfant à recevoir, il faut la sage-femme avoir, et des commères un grand tas », prétend un vieil adage. Il est nécessaire que plusieurs personnes chères à l’accouchée l’accompagnent en ce moment essentiel de sa vie. Ce sont généralement sa mère, sa belle-mère, les grand-mères, les voisines, et les amies. Chacune a son rôle à jouer. Il faut entretenir le feu, chauffer l’eau qui servira à laver l’enfant et la mère, rassurer l’accouchée en épongeant la sueur sur son front et en lui prodiguant affection et encouragements. D’ailleurs sur certaines figurations d’accouchement, on compte jusqu’à six ou sept femmes autour de la maman. En revanche, le mari est exclu. Il attend dehors et entre seulement quand on l’y invite.

Cette représentation du XVIIème siècle est une image d’Épinal : des publications et témoignages de sages-femmes, notamment Adeline Favre (même si c’est historiquement postérieur dans son livre « Moi, Adeline, accoucheuse ») évoquent justement les pères, dans une présence empathique et soutenante quand ils tiennent la main de leur femme et l’encouragent. Il faut dire qu’il n’y avait pas de blouse blanche autoritaire dans les campagnes pour leur dire quoi faire et où se mettre : être maître chez soi donne de la latitude 😉

En tous cas je veux souligner ici que cette image qu’on l’on a du père qui attend derrière la porte, que le médecin l’ouvre et lui permette de découvrir son enfant, est un cliché d’une bourgeoise et d’une époque qui n’es pas non plus représentative de tout un pan de l’histoire, même si oui, majoritairement, la naissance était une histoire de femmes.

Les positions

Également, à d’autres endroits du livre, on sent le parti pris de l’homme qui prend le pas sur l’historien, qui s’ébahit devant le mobilier d’accouchement, perçu comme une avancée majeure, alors qu’aujourd’hui on (re)découvre les positions libres et plus antalgiques que celle convenue sur le dos.

p.24 : « Si aujourd’hui il semble normal d’accoucher sur un lit allongée sur le dos, il n’en a pas toujours été ainsi. Les positions les plus variées ont été adoptées en France entre le XVIème et XIXème siècles. Chaque femme choisit alors l’attitude qui lui convient le mieux pour accoucher vite et sans souffrir. On prend aussi la position traditionnelle de sa région, transmise de mère en fille. Certaines femmes se mettre accroupi, d’autres à genoux sur des coussins ou sur de la paille et se tiennent au dossier d’une chaise. La position à quatre pattes est parfois choisie si l’expulsion est difficile, mais plus nombreuses sont les femmes qui enfantent debout, appuyées contre un mur ou une barre de bois accrochée à la cheminée. On accouche aussi assise sur le bord du lit, sur un banc ou sur les genoux d’une autre femme.

Dès le XVIème siècle, cette pratique est perfectionnée grâce a la chaise d’accouchement. Recommandé par le célèbre chirurgien Ambroise Paré (1509–1590), elle procure un meilleur confort et diminue la fatigue. Mais ces chaises et ces fauteuils coûtent cher et seules les familles les plus aisées peuvent en disposer. Elle se répandent surtout dans les villes, bien qu’au XIXème siècle quelques sage-femme en possèdent une démontable qu’elles transportent avec elles.

La position couchée sur le dos, moins naturelle (la femme peine à pousser efficacement), ne s’impose que petit à petit à partir du XVIIème siècle dans les classes les plus aisées. À la cour, Marie de Médicis, épouse d’Henri IV, est la dernière reine à mettre au monde ses six enfants sur une chaise spéciale. Ce sont les médecins qui trouvent plus commode d’examiner des patientes couchées ainsi. Tous condamnent la position agenouillée ou à quatre pattes qui fait sortir l’enfant par derrière comme chez les animaux. « Une pratique qui répugne à l’humanité », déclare un médecin du XVIIIème siècle. »

Le cordon ombilical

Page 26 : « Tout au long des neuf mois de grossesse, c’est le placenta qui, par le cordon ombilical, relie la mère au fœtus et permet à celui-ci de se nourrir et de respirer. »

!!! Heu … non, le bébé ne RESPIRE pas dans le ventre de sa mère. La première respiration n’existe qu’après la naissance. Et l’autonomie se met en place définitivement au moment où le cordon a cessé de battre (ou quand il est clampé puis coupé). Le cordon ombilical relie le bébé au placenta, organe qui sert d’interface pour alimenter le foetus en nutriments et oxygène.

Page 30 : « Couper le cordon ombilical, c’est accomplir l’ultime geste de séparation entre la mère et l’enfant. »

!!! Heu … non, lorsque l’on coupe le cordon ombilical on ne fait séparer le bébé de … son placenta !

Conclusion

Un livre qui reste intéressant malgré les a priori de l’auteur et quelques inexactitudes ou raccourcis historiques. Chaque plongée en histoire me fait toujours cet effet que nous en connaissions peu sur la physiologie de la naissance hier, et que nous commençons à peine à la comprendre aujourd’hui. À savoir que moins on perturbe cet événement, mieux il se passe. Quant à la pratique, nous en sommes encore loin, même si des choses évoluent. En 1947, alors que sa soeur préférait rester chez elle pour ses accouchements, ma grand-mère est partie accoucher à l’hôpital et a failli mourir de cette « fameuse » fièvre puerpérale … Nous avons l’impression d’avoir beaucoup avancé alors que c’était hier.

Une question me vient pour que nous soyons encore là à ce jour : comment nos ancêtres, au plus loin de l’histoire, vivaient cet événement ? Comment par exemple géraient-ils cette histoire de cordon lorsque les ciseaux n’existaient pas ? (car le laisser sécher et se détacher seul est tout à fait possible) Comment les femmes le vivaient-elles ? Comment est-ce que c’était accompagné ? Car il a bien fallu que nous ne fassions pas trop de dégâts ou d’interventions néfastes pour que l’espèce ne s’éteigne pas non plus …

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