Ai-je le droit ?

Accoucher à l’hôpital n’est pas obligatoire

Aucune donnée scientifique ne confirme la thèse selon laquelle le choix le plus sûr pour toute femme serait d’accoucher à l’hôpital (…) Par contre, des études montrent (…) que la morbidité est plus élevée parmi les mères et les bébés nés et suivis dans une institution en général (…) et tout particulièrement dans les services obstétricaux.

(Campbell et Macfarlane, 1986. Cité par Henci Goer : Traduction de Home birth, in H. Goer, Obstetrical myths versus research realities. A guide to the medical litterature. Westport : Bergin et Garvey, 1995, chapitre 17, p. 331-347.)

Quand on prend connaissance de cela, ça pose les choses. Pourtant, aujourd’hui, la question du lieu d’accouchement ne relève plus vraiment d’un choix personnel dans le sens où plus de 95% des naissances ont lieu à l’hôpital. On y accouche sans considérer d’autres possibilités. « C’est comme ça, c’est pas autrement » se disent bon nombre de femmes, même si elles rêvent « d’autre chose » en secret.

La grande difficulté pour celles qui ont envie d’un accouchement à la carte, personnalisé et respectueux de la physiologie, est de devoir subir d’emblée toute une batterie de protocoles, plus basés sur des habitudes de service et de gestion que sur la réelle sécurité*. Mal ou peu informée, la femme tombe le plus souvent dans les rouages de l’hypermédicalisation, sans comprendre les tenants et les aboutissants de l’enchaînement des gestes, de l’engrenage hypermédical et de la prise en charge.

*voir à ce sujet mon livre La naissance autrement qui explique les protocoles et comment les aménager, créer son projet.

Beaucoup de femmes se sentent coupables de ne pas avoir réussi à accoucher (sans forceps, sans péridurale, sans épisiotomie…) ou à l’inverse reconnaissantes envers un système qui les a peut-être mises en échec : « Heureusement que j’étais à l’hôpital sinon mon bébé – ou moi – serait mort ». Une bonne information, afin de décider en conscience – et non simplement subir – reste la base d’une bonne préparation à la naissance !

Renseignez-vous sur les protocoles en vigueur, les habitudes et les pratiques médicales locales du lieu où vous envisagez d’accoucher.

Par exemple si on vous dit que dans le service il y a 60% d’épisiotomies et qu’elles ne sont pas systématiques, c’est de l’intox ! Ou encore si on vous dit qu’il y a 90% de péridurale mais que c’est à la demande, même chose !) …

Voici quelques exemples, histoire de montrer les disparités (source des chiffres). Et au vu de la mise à jour de cet article je peux même montrer combien l’hypermédicalisation est galopante ces dix dernières années :

  • Paris (75) Clinique de la Muette :
    1300 accouchements
    97 % de péridurales
    40% de césariennes
    (Sensiblement les mêmes chiffres qu’en 2007. Clinique où le déclenchement pour convenance est beaucoup pratiqué, ce qui explique les chiffres énormes de césariennes)
  • Paris (75) Maternité des Bluets :
    2600 accouchements
    79 % de péridurales,
    14 % de césariennes
    (Un taux de péridurales fort, mais plutôt bas en ce qui concerne les césariennes, vu les autres exemples)
  • Enghien les Bains (95) Clinique de Girardin :
    900 accouchements
    87 % de péridurales
    28 % de césariennes
    (14 % en 2007 pour sensiblement le même nombre de naissances et de péridurales : donc ça a doublé en dix ans !)
  • Bordeaux (33) Polyclinique Bordeaux Nord Aquitaine :
    3200 accouchements
    94 % de péridurales
    23 % de césariennes
    (Respectivement 2050 accouchements, 24 % de péridurales et 20 % de césariennes en 2007. Après une refonte des lieux de naissances sur la ville, le public n’est plus le même mais ça n’explique pas le taux de péridurales qui a explosé en dix ans)
Préparez un projet de naissance, et faites-vous accompagner par des personnes ressources compétentes.

Il y a des lieux qui font de réels efforts pour informer le public et proposer des alternatives au « pack naissance ». Il y a des équipes qui attendent que les parents s’impliquent et aient des demandes « sans s’en remettre totalement et aveuglément en la médecine ou le pouvoir médical » …

Prenez conscience de vos droits de patients.

Lois du code de santé publique et code civil, charte des droits de la personne hospitalisée, recommandations de la haute autorité de santé etc. Informez-vous via Internet bien sûr, auprès d’accompagnantes à la naissance (doulas, accompagnantes, consultantes …) et auprès de professionnels de santé formés à la physiologie : les sages-femmes. Échangez avec d’autres parents (associations, rencontres, listes de discussion…). Ne restez pas sur des a priori.

Enfin, l’accouchement respecté est davantage une question de confiance en soi et de personnes plutôt que de lieu.

En effet, ce n’est pas parce qu’un lieu est réputé « nature » qu’il en sera ainsi de votre accouchement : cela dépend de l’équipe de garde. Parfois rien ne sert d’aller à l’autre bout du monde pour tenter d’avoir la garantie d’un accouchement naturel qui sera peut-être plus médicalisé que dans un lieu moins connu mais plus à l’écoute :

telle femme est par exemple partie accoucher à Ostende pour accoucher dans l’eau, mais a eu des injections d’hormones pour accélérer l’accouchement et une épisiotomie sous l’eau ; telle autre aura été dans la structure locale qui offre le bénéfice d’une baignoire, et l’expulsion aura eu lieu dans l’eau inopinément, sans gestes déplacés…

Accoucher à l’hôpital n’est pas obligatoire !

On en le sait pas assez mais il est possible d’accoucher à domicile, en maison de naissance ou en plateau technique : c’est effectivement à l’hôpital mais il a lieu avec la sage-femme qui a suivi la grossesse, qu’on a choisie et qui a accès à une salle pour accompagner ses patientes au sein de la structure médicale. Puis elle continue le suivi en suites de couches : c’est ce qu’on appelle l’accompagnement global. Voir le répertoire des sages-femmes sur ce site.

Sophie Gamelin-Lavois

Une réflexion au sujet de « Accoucher à l’hôpital n’est pas obligatoire »

  1. Quel joli témoignage! Je ne sais pas si je me serais senti prête à ce genre de naissance, pour mes 2 loulous surtout sans péridurale! LOL!!! Mais si il y avait un troisième en route, oui, je tenterai. on voit les choses différemment en vieillissant. Pour ma seconde, la sage femme ma proposé daccoucher à 4 pattes, et daccueillir moi même le bébé. Jai adoré, et dun point de vue médical, ça déchire moins les tissus. (les animaux accouchent bien comme cela, la nature est bien faite). Après, tout dépend de léquipe et des sages femme, jai été accueilli par des personnes géniales (surtout que jétais seule ce jour là). profite bien de ce moment. Bien à toi. custom writings

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